Fanfics Highlander de ma création

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Fanfics Highlander de ma création

Message  Sir Hocq le Lun 11 Jan 2016 - 23:16

Comme dit ailleurs, Highlander (le premier film puis la série télé) présente un univers qui me passionne; au point qu'imaginer des Immortels et leur vie est un agréable passe-temps.
Je vais vous faire découvrir une aventure de MON Immie préféré: Tsan Jian.

                                                  L’affaire Ali Pacha

         Paris, le 10 mai 1994 au soir. Une jeune femme, âgée d’à peine 25 ans, court dans les rues, effrayée. Elle finit par arriver sur un quai de la Seine. Elle s’arrête pour reprendre son souffle. Brusquement, trois hommes surgissent dans l’escalier. Elle veut fuir de nouveau mais un autre homme se dresse devant elle et la saisit par le bras.
« Je te tiens enfin, lui dit-il. Quatre jours que je te cherche. Tu m’as donné du fil à retordre.
_ Pitié, Selim. Epargne-moi et je rembourserai tout ce que j’ai pris. Pitié !
_ Désolé chérie, mais le patron est trop furieux pour te pardonner. Tu vas mourir. »
Selim sort un poignard et le plante dans le cœur de la femme. Le cri qu’elle lance en mourant ne réveille personne.
Vingt-quatre heures plus tard, Vany, jeune Cambodgienne de 22 ans, entre dans une blanchisserie chinoise, un panier dans lequel dort un bébé, à la main. Le vieux Tsung l’accueille.
« Je cherche un emploi, dit Vany.
_ Si vous voulez bien passer dans ma modeste arrière-boutique, un contrat est prêt. »*
Dans cette pièce, Tsung abaisse le bras d’un petit bouddha de pierre, ce qui ouvre un pan de mur. Derrière, un escalier s’enfonce sous terre. Vany le descend, son panier à la main. Elle arrive dans une pièce où se trouvent un bureau et trois fauteuils libres. Assis de l’autre coté, un grand gaillard cagoulé l’invite d’un signe de la main à prendre place.
« Venons-en aux faits, dit-il. Vous nous avez contactés pour une affaire que vous estimez sérieuse ; de quoi s’agit-il ?
_ J’avais une amie qui était prostituée. Elle a été assassinée hier en laissant un bébé chez moi. C’est son enfant et elle est morte parce qu’elle avait volé de l’argent à son souteneur pour le faire soigner. Et à présent, je me sens menacée.
_ Je vois. Quel est le nom du proxénète ?
_ Il se fait nommer Ali Pacha. »
Plus tard, Tsan Jian est songeur.
« Ali Pacha. Ainsi il n’a pas changé. Il est temps qu’il paye pour ses crimes. »

Paris, 9 mars 1889. Du haut de ses 217 centimètres, Tsan Jian admirait la tour de l’ingénieur Eiffel, conçue pour l’exposition universelle et dont les travaux étaient presque achevés. Soudainement, il ressentit la Présence d’un Immortel près de lui.
« Voila la plus horrible construction qu’il m’ait été donné de voir. Heureusement, elle sera démontée avant la fin de l’année. »
L’homme qui avait parlé était du genre rondouillard, portait de longues et fines moustaches ainsi qu’un bouc. Il était de type proche-oriental. Jian se dit que son sourire avait quelque-chose de sournois.
« Je ne le crois pas, répondit-il. J’ai entendu dire qu’il y a un bail de quelques années.
_ Ah ? Alors il va falloir que je m’y habitue. Je me présente : mon nom est Ali Pacha. Je suis arrivé depuis peu à Paris. J’espère que nous nous reverrons. »
« Je me le demande.» Pensa Jian alors que le Turc s’éloignait. Il n’avait pas aimé cette Présence qui lui avait donné une sensation de cendres. S’il en croyait son don, et celui-ci ne l’avait encore jamais trompé, Ali Pacha était un individu malfaisant.
Deux jours plus tard, Jian vint au secours d’une jeune femme qui se faisait battre par un ivrogne. L’homme s’enfuit et la femme tomba au sol, à moitié inconsciente. Jian la ranima.
« Vous avez eue de la chance que je passe par là. Cette brute aurait pu vous tuer. Lui dit-il.
_ Je vous remercie monsieur. I l faut que je rentre maintenant. »
Elle voulut se relever mais fut prise de vertiges. Jian s’en aperçut et lui dit :
« Il vaut mieux que je vous accompagne. Vous n’avez plus de force. »
Ainsi, suivant ses indications, Jian conduisit la femme jusqu’à un immeuble d’un quartier commun. Un homme dans la cinquantaine leur ouvrit la porte.
« Julie ! S’exclama-t-il. Qu’est ce qui s’est passé ? »
Jian expliqua l’agression qu’elle avait subie. Une femme d’un certain âge, arrivée entretemps, le remercia et lui dit :
« Julie est notre fille préférée. Nous aurions été très attristés s’il lui était arrivé quelque chose de grave.
_ C’est le devoir d’un gentilhomme de venir en aide à une personne en difficulté. » Dit Jian. Et il partit.

Jian se tait un instant.
« Et que s’est-il passé ? Demanda Tsung.
_ Le lendemain, la police releva le corps de cette malheureuse. Morte, rouée de coups. Je m’en suis voulu de ne pas avoir deviné le danger qui l’attendait. Aussi j’ai cherché à savoir ce qui s’était passé. Pendant plusieurs jours je suis resté à les observer. Et j’ai découvert que cet immeuble était une maison close. Mais pour en apprendre plus, il a fallu que je m’introduise à l’intérieur et ce, de manière discrète.»                                                          
19 mars, 22 heures. Une ombre se glissait de toit en toit pour atteindre le 10 rue XX. Tsan Jian, car c’était lui, descendit le long du mur jusqu’à une fenêtre ouverte. Il entra dans la pièce qui était une chambre. Une femme était allongée sur le lit, à moitié dévêtue. Elle eut un geste de surprise puis indiqua qu’elle n’était pas seule. En effet, on entendait la voix d’un homme qui chantonnait dans la pièce d’à coté; la salle de bain. Lorsqu’il entra, il reçut un direct dans le ventre et tomba sans connaissance dans les bras de Jian. Celui-ci le coucha sur le lit.
«  Je vous reconnais, dit la femme à voix basse. C’est vous qui avez secouru Julie il y a une semaine.
_ Oui. Et c’est parce que je me sens en partie responsable de sa mort que je viens. Je veux savoir qui l’a tuée.
_ Si je parle, je suis morte moi aussi. Mais allez au rez-de-chaussée ; il y a le bureau de madame Viguier. Vous pourriez y apprendre ce que vous voulez. »
Donc Jian descendit discrètement l’escalier. En bas, il vit le couple qui l’avait reçu. L’homme et la femme discutaient entre eux :
« Je t’assure Ursule, nous n’avons rien à craindre. Le patron est loyal.
_ Quand même, Gustave, tu as vu comme moi comment il a tué Julie. Il me fait froid dans le dos.
_ D’accord, il cogne plus fort que moi ; mais il nous paye bien. C’est tout ce qui compte à mes yeux. Et puis la fille l’avait bien cherché. Elle a désobéi, elle a payé.
_ Attention ; je crois qu’il arrive ! »
En effet, on entendit un véhicule à cheval s’arrêter devant l’immeuble. Jian ressentit une Présence connue. Un instant après, Ali Pacha entra, un cimeterre à la main.
« Qui que vous soyez, je vous sommes de vous montrer ! » Dit-il.
Jian quitta l’angle du mur qui le cachait et descendit les dernières marches.
« Ah, c’est vous. Dit Ali Pacha.
_  Je suis Tsan Jian, prince du royaume de Qin, héritier du royaume du Tigre Blanc et cette lame a pour nom ‘Corbeau de Nuit’. Dit-il en dégainant son ninjato.
_ Ravi de vous connaitre.
_ C’est donc toi qui possède et dirige cette maison.
_ Entre autres.    
_ Je te propose un duel; à celui qui prendra la tête de l’autre. Et ce, maintenant.
_ En quel honneur ?
_ La mort de Julie. »
Les deux Immortels se firent face et s’estimèrent un instant puis Ali se rua en avant, le cimeterre levé au dessus de sa tête. Jian para facilement cette attaque. Il repoussa Ali qui tenta une frappe de coté. Jian la vit venir et para. Ali Pacha ne cessait d’attaquer mais à chaque fois Jian avait le temps d’arrêter le coup. Ali sentit qu’il s’essoufflait. Jian le perçut lui aussi et contre-attaqua. En deux passes, il désarma Ali.
« Ton escrime est grossière. Dit Jian. Tu as perdu le combat.
_ Peut-être. Mais…je vais prendre ton quickening…quand même.
_ Comment cela ? »
A ce moment, une détonation éclata et Jian sentit une violente douleur dans le dos. Il eut un gémissement et tomba à genoux.
« Imbécile !...Tu as eu tort d’oublier Gustave. A moi ta tête. »
Ali tendit la main pour reprendre son cimeterre mais Jian, qui n’avait pas lâché son arme, ne lui en laissa pas le temps et lui transperça l’estomac. Ali Pacha tomba mort, une expression de stupéfaction sur le visage. Puis, luttant contre la douleur, Jian sortit et chercha un sol sacré. Ses pas étaient précipités, il sentait un grand froid l’envahir. Heureusement, il trouva l’église Saint Jean Baptiste de la Salle. Il y entra et seulement maintenant, se laissa aller à l’envie de mourir.

« Je suis revenu à la vie le lendemain matin. Le prêtre n’a pas posé de question et je suis parti. Je suis retourné à la maison close pour la trouver fermée par la police. Ali Pacha avait disparu ainsi que ses deux sbires. Ils n’avaient plus donné signe de vie.
_ Quelle drôle d’histoire, quand même. Dit Tsung.
_ Oui. Et il est temps d’en écrire le dernier chapitre. »

Quelque part au centre de Paris, bien des heures plus tôt. Selim frappe à la porte d’un salon ; dans un appartement cossu.
« Entre donc ; je t’attendais. » lui est-il répondu.
Selim passe donc la porte et s’incline respectueusement.                                                                                                  
Allongé dans un tas de coussins, Ali Pacha fume du narghilé de la main droite et caresse une jeune fille nue de la gauche.
« Alors, quelles nouvelles m’apportes- tu ?
_ Notre traque a porté ses fruits ; nous avons retrouvé Samia et je l’ai tuée, selon vos instructions.
_ Parfait, un problème de moins.
_ Excusez-moi, mais que devons-nous faire des témoins ?
_ Des témoins ?! Quelqu’un t’a vu la tuer ?
_ Non. Mais elle avait trouvé refuge chez une de ses amies, une Cambodgienne en situation irrégulière. Elle lui a confié son bébé.
_ La belle affaire ! Tu l’as dit toi-même, c’est une clandestine, elle ne peut pas aller à la police. Il n’y a pas de danger.
_ Bien, Effendi. »
Selim se retire tandis qu’Ali Pacha éclate d’un rire gras.

Une terrasse de café, près des Champs Elysées. Etienne attend depuis près de dix minutes que son ami arrive.
« Pas étonnant, pense-t-il, je suis arrivé en avance. »
Peu de temps après, Jian arrive. Etienne se lève.
« Bonjour, Maître Qi. Comment allez-vous ?
_ Tant que j’ai la tête sur les épaules, nous pouvons considérer que tout va bien. Bonjour Etienne.
_ Vous vouliez me parler de quelque-chose d’important ? De quoi s’agit-il donc ?
_ Viens ; nous serons plus tranquilles dans ma voiture. »
Jian et Etienne montent dans une grande limousine conçue pour la taille exceptionnelle de Jian et garée non loin de là. La voiture se met en mouvement. Dans le secret de son véhicule, Jian peut parler librement :
« J’ai besoin de renseignements sur un proxénète. Il s’appelle Ali Pacha.
_ Est-ce un Immortel ?    
_ Oui, et assez dangereux.                                                                                
_ De quoi le soupçonnez-vous ?
_ D’avoir ordonné le meurtre d’avant-hier soir.
_ La prostituée ?
(hochement de tête de Jian)
_ S’il est coupable, il sera arrêté, jugé et… commence Etienne.
_ Tu sais très bien que pour lui, comme pour moi, le temps ne fait rien. Ali Pacha est de ces individus rustres qui ne changeront jamais. Même s’il est condamné à perpétuité, un jour ou l’autre, dans un avenir proche ou très lointain, il finira par sortir de prison ; et il recommencera ses crimes. Même s’il s’en est pris à une Mortelle, cela relève de notre justice, de nos lois à nous, les Immortels. »
Dans son for intérieur, l’inspecteur de police ne peut que donner raison à son mentor : de quoi aurait l’air l’administration pénitentiaire avec un condamné qui aurait purgé soixante ans sans changer ?
« Bien, je vous transmets ce que je peux au plus vite. »
Comme la limousine s’était garée quai des Orfèvres, les deux hommes se serrent la main et Etienne sort. D’un signe de la main Jian demande à son chauffeur de redémarrer. Puis il se laisse aller à penser ; il aimait se rappeler comment Etienne Gilles, inspecteur de police à la brigade criminelle, connaissait les Immortels.

Tout avait commencé en 1969. A cette époque, Jian, qui portait le nom de Maître Qi Zhao, avait ouvert un dojo à Paris dont il était à la fois le propriétaire et le principal professeur. Etienne Gilles, alors âgé de huit ans, était un de ses élèves.
« Bien. Les cours sont finis pour aujourd’hui. Vous avez bien appris. »
Les enfants saluèrent leur professeur et allèrent se changer. Des parents arrivaient, venant chercher leur progéniture. Jian en connaissait bien quelques uns. Il leur fit part des progrès de ses élèves ; qui pour la plupart étaient significatifs. Les enfants revinrent et furent récupérés par leurs parents.
Peu après, Jian, qui prenait toujours un temps de méditation tout de suite après les cours, fit le tour du dojo avant de le fermer. Il trouva un gilet dans les vestiaires. Il le rangea dans son bureau puis se prépara à partir.
Au moment où il fermait la porte d’entrée, il vit plusieurs jeunes hommes l’entourer. C’était manifestement des voyous. En effet, l’un d’eux prit la parole pour dire :
« Eh, Chinetoque ! Tu pourrais pas nous dépanner de quelques centaines de balles ? Ca nous arrangerait, moi et mes potes.
_ Jeunes hommes, répondit Jian calmement, si vous voulez voler de l’argent facilement, vous frappez à la mauvaise porte. Rentrez chez vous, cela sera plus sage.
_ Qu’es-tu-dis ? T’as pas saisi la situation, on dirait. On est neuf et t’es seul. Que comptes-tu faire ?
_ Sachez que parfois le nombre s’avère insuffisant face à l’expérience.
_ On va voir ça. »
L’un des voyous sortit un couteau et voulut en porter un coup. Jian lui décocha un coup de pied. Le jeune tomba, le corps marqué à plusieurs endroits. Le combat avait commencé. Jian se défendit férocement, jetant même à terre trois adversaires d’un coup. Finissant par se retrouver seul debout, le dernier commençait à regretter ce larcin qui avait paru si facile au début. Au moment où il allait conclure le combat, Jian ressentit une douleur dans le dos : l’un des autres, moins sonné qu’il ne semblait, s’était relevé et venait de le frapper d’un coup de couteau en traître. Connaissant son corps, Jian comprenait que la plaie était assez profonde ; un rein était touché et il y avait hémorragie. Il savait qu’il en fallait bien plus pour le mettre hors de combat mais les deux jeunes s’étaient remis en confiance. Soudain, un couvercle de poubelle, venu d’on ne sait où, frappa l’un d’eux à la tempe. Craignant un renfort sérieux, ils préférèrent s’enfuir. Jian s’adossa au mur, poussant un soupir de soulagement. Etienne arriva alors.
« Comment allez-vous, Maître Qi ?
_ Je peux aller mieux. Prends les clés ; j’ai envie d’être à l’intérieur. »
Une fois rentrés, assis sur un banc de la salle d’exercices, Jian et Etienne se regardèrent.
« Que viens-tu faire ici? Demanda Jian.
_ J’avais oublié un vêtement alors je revenais le chercher. Et j’ai vu le combat. Qu’est ce que vous êtes fort!
_ Est-ce toi qui as lancé ce couvercle ?
_ Oui. J’ai vu le coup de couteau que vous avez reçu et j’ai agi par réflexe. Voulez-vous que j’appelle une ambulance ? »
Jian se sentit piégé : le temps que le médecin arrive, la blessure serait guérie depuis un moment. Il résolut de parler de lui.
« Ecoutes, Etienne ; c’est inutile.
_ Comment ça, maître ? Vous êtes blessé!
_ Regardes. »
Jian se mit torse nu.
« Regardes mon dos. »
Etienne regarda et vit la blessure qui finissait de se refermer dans des petits éclairs bleus. Il dévisagea son professeur, à moitié effrayé et eut un mouvement de recul.
« Qu’est-ce-que… ?
_ Tu as peur de ce que je suis en fait, n’est-ce-pas? Tu ne sais me nommer. Ne crains rien ; je suis quand même humain et je ne veux aucun mal à vous, Mortels. …En réalité, je suis issu d’une race de personnes immortelles, ne connaissant pas la mort naturelle. …Mes blessures se guérissent toutes seules et je ne vieillis pas. Je vis déjà depuis plusieurs siècles.
_ Vous êtes immortel ? Depuis quand ?
_ Si tu veux savoir depuis quand il y a des Immortels, je dirais depuis le début de l’Humanité. Personnellement je le suis depuis 1294 ; étant né en 1258.
_ Woah ! Vous devez en savoir des choses !
_ Eh oui. Ecoutes ; cette immortalité n’a pas que des bons cotés. Certains Immortels sont méchants et j’ai des ennemis. Alors il faut que tu gardes ces événements secrets. Jures-moi que tu ne parleras pas de ça; à qui que ce soit! »

Il avait juré et encore maintenant il savait garder le secret. Depuis il avait grandi, était devenu adulte et s’était engagé dans la police. Il était devenu un bon inspecteur de la Criminelle. C’est à ce titre que maintenant Jian utilisait parfois son aide.

A peine arrivé dans son bureau, Etienne prend contact avec un ami et collègue de la brigade des mœurs.
« Marc, j’aurais besoin que tu me fournisse une copie de tout ce que tu peux trouver sur le milieu turc, dans ton domaine. Un souteneur aurait commis un meurtre envers une de ses filles.
_ Je te livre ça demain. »

Même moment, autre endroit. Ali Pacha avait décidé de fêter la mort de Samia à sa manière. Depuis près de quarante-huit heures, il passait de longues périodes à boire de l’arak. En cette fin d’après-midi, il est nettement éméché. La jeune fille nue lui apporte une autre bouteille.
« Ah, Sahida, dit-il. Connais-tu une meilleure manière de bien vivre que de boire de l’alcool, douillettement installé dans des coussins?
_ Non, Effendi, répond-elle timidement.
_ Et bien moi, j’en connais une: c’est d’y ajouter du sexe! »
Et il l’attire à lui brusquement.

Ali Pacha dort. A ses côtés, Sahida reprend son souffle entre deux sanglots : une fois de plus ce gros porc n’avait pensé qu’à son plaisir et l’avait violentée. Elle en garderait certainement des bleus pendant plus d’une semaine. Sahida se dit que c’était la fois de trop. Et elle sait comment se venger.
Sahida marche dans les rues, enveloppée dans l’imperméable qui cache ses vêtements turcs. Elle est songeuse ce soir. Ce qu’elle a enduré depuis son enfance mérite cette trahison.

Un village de l’est de la Turquie, 1982. Sahida vivait pauvrement avec ses parents et ses frères. Jusqu’au jour où cette belle voiture était arrivée. L’homme avait longuement visité le village et était finalement entré chez ses parents. Il avait demandé à parler avec eux. Il l’avait ensuite emmenée avec lui ‘en voyage’. Depuis elle était l’une des esclaves de cette brute. Et à cinq ans on n’a pas conscience de ce que cela veut dire. Deux ans plus tard, il commença à vouloir qu’elle soit nue devant lui, à la caresser, à la frapper lorsqu’elle refusait. Et pour son douzième anniversaire, il l’avait pénétrée. Elle avait eu très mal mais il s’en fichait; ce qu’il voulait, c’était éjaculer dans ce jeune sexe. Oui, tout cela méritait qu’elle le trahisse aujourd’hui.

Sahida arrive au 36. Elle s’adresse à l’accueil.
« Je voudrais parler avec un inspecteur. C’est pour une affaire de meurtre. »
Etienne Gilles est de service cette nuit. Et cette jeune fille, visiblement étrangère, vêtue d’un imperméable bien trop grand pour sa fragile silhouette, éveille son flair. Il sent qu’il peut faire un grand pas dans son enquête.
« Venez mademoiselle. Je vais prendre votre déposition. »
Et dans le secret d’un bureau comme les autres, Sahida lui raconte tout ce qu’elle sait.
« Je vois, dit Etienne lorsqu’elle eut fini. Nous allons dorénavant prendre en charge votre sécurité. Mais cela vous ennuierait-il de tout répéter devant une autre personne ? »
Ali Pacha est furieux : cela fait plus de dix heures qu’il s’est aperçu que son esclave a disparue ; et elle n’est toujours pas rentrée. Selim et ses hommes fouillent la ville. En vain pour le moment.

14 mai, 11 heures du matin. Jian est en discussion avec Sahida. De plus les documents fournis par la brigade des mœurs lui permettent de savoir à peu près le parcours de son adversaire ces dernières décennies : apparu en 1960 à Istanbul, Ali Pacha était déjà très riche puisqu’il acheta le palais Adda, un hôtel particulier parmi les plus beaux et donc les plus chers. De là, il dirigea un important réseau d’exportation de prostituées et de main d’œuvre illégale vers toute l’Europe et la Russie; jusqu’au jour où les percepteurs des impôts s’intéressèrent de près à l’étendue de ses revenus. Au début des années 80, il réunit ses fonds liquides, mit à l’abri le reste et quitta le pays en pleine nuit. Après un an à Monaco, il s’installa à Paris d’où il contrôle ses réseaux aujourd’hui encore.
Et le récit de Sahida lui fournit ce qui lui manquait encore, dont l’adresse où le trouver.
Mais deux des hommes d’Ali les ont repérés.
« Effendi, nous avons trouvé Sahida.
_ Où est-elle ? Que fait-elle ?
_ Elle est dans une des caches de la police. Elle parle avec un grand Chinois.
_ TUEZ-LA !!! »
Ali Pacha avait hurlé. De rage. Il se tourne, furieux, vers Selim.
« Elle me trahit. Après tout ce que j’ai fait pour elle!»
Selim n’ose pas répondre. Depuis plus de vingt ans qu’il est son second, il sait ce que son patron a fait et ce qu’il peut faire. Mais brusquement c’est l’inquiétude qui se lit sur le visage d’Ali.
« Il a dit un grand Chinois? J’en connais un. Comment est-il au courant ?
_ Voulez-vous que je me renseigne ? Demanda Selim.
_ Oui. Je crains le pire si c’est…Lui ! »

Sahida a fini ses révélations. Jian est soucieux.
« Maintenant que vous avez parlé, Ali Pacha va vouloir vous éliminer. Je crois qu’il faut que je vous cache, dit-il.
_ Pourquoi ? La police me protège déjà. »                                    
A cet instant, ils sont en train de sortir de la maison où a eu lieu leur entretien. Un policier est à coté d’eux. Lorsque brusquement, une voiture arrive à leur hauteur; deux coups de feu claquent. Sahida, touchée dans le dos, s’effondre. La voiture accélère mais le policier dégaine son pistolet et tire trois coups. Deux balles finissent dans la carrosserie mais la troisième atteint un pneu qui éclate. Le véhicule termine sa trajectoire dans une camionnette. Les pompiers retireront un mort et un blessé grave de la voiture. Sahida est emmenée à l’hôpital dans le coma.

13ème arrondissement de Paris, 18 mai. Jian marche dans les rues du quartier chinois. Le soir tombe. Jian réfléchit; la vie de Sahida n’est plus en danger. Les médecins ont pu dire qu’elle allait bientôt sortir du coma. Et surtout, Ali Pacha doit la croire morte depuis que les journaux l’ont dit le lendemain du drame. Mais les docteurs ont aussi ajouté qu’elle resterait paraplégique. Cependant c’est un autre problème qui intéresse l’Immortel ce soir. Il a l’impression d’être surveillé depuis peu.                                               
Et effectivement, à la faveur d’un changement de direction, il repère un Turc qui le suit. Jian adresse un signe discret à un cireur de chaussures. Celui-ci le comprend : lorsque le Turc passe devant son étal, le cireur se lève et l’assomme.
Le Turc se réveille dans une petite pièce sombre. Peu après, une porte s’ouvre et deux Chinois viennent le chercher. Ils le conduisent à travers un dédale de couloirs et de pièces jusqu’à une salle sans fenêtre où se trouve Jian. Celui-ci est assis sur un grand siège de bataille japonais. Tout de suite, le Turc s’emporte :
« Que signifie cet enlèvement ? Où suis-je ?
_ Silence ! Répond Jian. Ici, c’est moi qui interroge. Encore que cela ne soit pas nécessaire ; je sais déjà presque tout. Tu te nommes Ahvet Galaglü et tu dois être un homme de main d’Ali Pacha, n’est-ce-pas? Il t’a chargé de me suivre?
_ Oui, il veut savoir où vous trouver.
(Un petit silence)
_ Ecoutes-moi, Ahvet. Reprend Jian. Tu vas transmettre un message de ma part à ton patron. Dis-lui que je suis prêt à l’affronter. Je lui donne rendez-vous le 21 à 22 heures, square Le Gall.
_ Je ne vois pas pourquoi je ferais ça. Je n’ai aucune raison de vous obéir, réplique Ahvet.
_ Je vais te donner une bonne raison, répond Jian. Une très bonne raison. »
Il se lève et s’approche de son prisonnier. Puis il lui applique un coup de paume sur la poitrine.
« Et alors?» Dit Ahvet.
Soudainement il ressent quelque chose se déchirer en lui ; une violente douleur le saisit et il s’effondre au sol. Il roule sur lui-même en criant sous l’effet de cette souffrance qui s’intensifie. Puis un flot de bile lui vient aux lèvres et il ne peut l’arrêter. Vomissant, Ahvet n’a pas la force de demander grâce. Heureusement la douleur se calme. Ahvet lève un regard effrayé vers Jian.
« Le Kôshya-Kidô-Ken, dit l’Immortel, le regard dans le vague. Avant, j’étais effrayé de connaitre son existence. Maintenant, je suis amené à l’utiliser. Mon âme s’assombrit peut-être. (S’adressant aux Chinois présents) Emmenez-le dehors. Il peut partir. »

19 mai, 05 h 40 du matin. Chez Ali Pacha.
«QU’EST-CE-QUE C’EST QUE CE RAPPORT DE m***?»  
Cette voix furieuse est celle d’Ali Pacha auquel Ahvet a raconté ses résultats. Ali est en robe de chambre et Selim, qui se tient derrière lui, sait à quel point son patron a horreur d’être réveillé pour apprendre un échec pareil.
« Je te charge de le suivre pour découvrir sa planque et tu te fais cueillir comme un bleu. Et tu oses revenir en me disant qu’il me donne rendez-vous? Sais-tu que j’ai envie de te tuer à coups de poings? LE SAIS-TU?
_ Vous pouvez le faire, Effendi. Je préfèrerai cela à ce qu’il m’a fait.»
Stupéfait, Ali ne porte pas le coup qu’il commençait.
Peu après, seul avec Selim, il réfléchit aux événements.
« Je connais la réputation de Tsan Jian. Voilà ce que nous allons faire pour le rendez-vous. »
21 mai, 21 h 50 ; square Le Gall. Jian attend l’arrivée de son adversaire. Il est en position zazen**, ouvrant son esprit à l’environnement. Le vent dans les arbres, la marche d’une colonne de fourmis, le pas encore lointain d’un homme qui arrive ; tiens, ce n’est ni un gardien du square, ni Ali Pacha (il n’y a pas la Présence)! Jian prend son ninjato et se relève calmement. Il voit venir un homme élégant, dans le début de la cinquantaine, qui s’arrête à quelques mètres, hésitant.
« Etes-vous bien Tsan Jian? Demande l’inconnu.
_ Oui. Et à qui ais-je l’honneur ? Répond Jian.
_ Mon nom est Selim Gürsel, et j’ai ordre de vous tuer.»
Sur ce, Selim sort une épée de sous son manteau.
« Je te propose quelque-chose, Selim. Dit Jian. Bien que tu sois au service d’Ali Pacha, je n’ai pas de raison de te tuer. Alors je vais me battre sans mon arme.
_ Oh ! Voilà qui est très généreux.»
Selim s’avance lentement, l’épée levée. Jian, après avoir déposé son arme sur un banc, lui fait face sans bouger. Les deux adversaires se jugent. Puis Selim attaque. Un bond en avant suivi d’un coup de taille. Jian doit reculer pour esquiver. Plusieurs autres attaques suivent. Jian se contente de les éviter, s’amusant à faire des sauts de singe pour cela, tout en estimant l’escrime de son opposant. Et force est de constater que Selim sait manier son arme de façon efficace; chaque coup étant plus rapide et puissant que le précédent, les esquives sont de plus en plus difficiles. Aussi Jian décide de changer de tactique. Profitant qu’une frappe d’estoc de Selim, qu’il a évité par un saut sur le coté, est à bout de course, il attaque à son tour. Venir au contact, l’empêcher de manier aisément son arme; en trois secondes le combat se finit: de la main gauche, Jian attrape le poignet droit de Selim, de la main droite il le saisit par le col. Effectuant une demi-rotation sur lui-même, il fait passer le Turc par-dessus son épaule. Selim s’assomme en retombant au sol.
« Voilà une chose réglée. Pense Jian. Lui, je le livre à la police. »
Alors qu’il se penche pour le relever, Jian remarque quelque-chose au poignet droit de Selim.
« Tiens donc ! Je me demande si Ali est au courant de ‘ça’. »
En effet, ce que Jian a vu au poignet est un tatouage. Un tatouage qu’il connait pour l’avoir déjà vu: le symbole des Guetteurs !
22 mai, 03 h 30 du matin. Dans ses appartements, Ali Pacha tourne comme un lion en cage ; cela fait plusieurs heures que son âme damnée aurait dû rentrer. Mais non ! Selim n’est toujours pas là. Et Ali, qui ne s’est pas encore couché, s’énerve.
« Mais que fait-il, cet abruti ? » Se demande-t-il.

04 h 25. Alors qu’il commence seulement à envisager le pire, Ali ressent la Présence d’un Immortel de grande puissance. Celui-ci monte vers son étage.
« Lui! Ca ne peut être que lui!» Se dit-il. Et il sent la panique le saisir. Prenant son cimeterre de son râtelier, il décide de fuir par l’escalier de secours. Il le descend aussi vite qu’il peut. Dans la rue, il s’accorde un instant de répit. Brusquement la Présence se fait sentir. Proche ; si proche qu’Ali n’a pas le temps de s’enfuir.
« Je crois que cette fois, l’heure de notre dernier affrontement est venue.» Dit la voix froide de Jian.
Les deux Immortels se mettent en garde. Jian arbore une expression calme et déterminée tandis qu’Ali hésite sur la conduite à tenir. Il est en sueurs, ses pensées courent en tout sens dans sa tête. Le Turc ne réalise pas qu’il a déjà perdu le combat, qu’il va mourir là, dans cette rue. Tsan Jian le domine de toute son aura de guerrier. Ali Pacha ne veut pas perdre de temps ; pour lui il FAUT qu’il décapite son ennemi au plus vite ; alors il attaque, son arme levée. Lorsqu’il frappe, sa lame ne rencontre que le vide. Il n’a pas le temps de réaliser cet échec. Jian abat sa propre lame. Elle fauche la tête d’Ali. Celle-ci va rouler dans un caniveau, le corps s’effondre lourdement au sol.
« Vraiment, tu étais un adversaire médiocre, Ali.»
Puis le quickening vient. L’enseigne d’une épicerie proche éclate; le moteur et les vitres de plusieurs voitures explosent et des lampadaires grillent. Jian absorbe l’énergie du vaincu. Puis c’est le silence. Epuisé, Jian s’appuie contre un mur. Les forces lui revenant, il essuie son ninjato et s’apprête à partir. Regardant une dernière fois le corps du 24ème Immortel qu’il ait décapité, il dit :
« Voilà toutes tes victimes vengées. Puissent celles encore vivantes t’oublier.»
Rangeant ‘Corbeau de Nuit’ dans son fourreau, Tsan Jian rentre chez lui.

22 mai, 16 h 40 ; à l’hôpital Saint Antoine.
« Ali Pacha est mort, Selim Gürsel en garde à vue et la police démantèle leur réseau.»
Jian est au chevet de Sahida, sortie du coma la veille. Celle-ci est évidemment soulagée d’apprendre la fin de son tortionnaire.
« Et que vont devenir les autres innocents de cette histoire; Vany, le bébé de Samia ? Demande-t-elle.
«  Vany a déjà entamé une procédure de régularisation avec mon aide. Quand au bébé, Etienne s’en occupe. Je crois qu’il va demander à l’adopter lui-même. Sa femme ne pouvant pas en avoir, cet enfant est pour eux un bonheur bien mérité. Mais, et toi? Que comptes-tu faire après l’hôpital ?
_ J’y ai pensé. J’ai envie de rentrer chez moi et de lutter contre l’esclavagisme moderne. Je sais de quoi je parle et je n’ai pas envie que d’autres petites filles soient vendues à de tels hommes.
_ Je te comprends. Ali Pacha n’avait aucun respect pour la vie des autres. Et ils sont encore nombreux à être comme lui. Ton combat ne fait que commencer et le mien est loin d’être fini. »



                      Fin du fanfic

_________________
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"Rendez-vous; vous êtes cerné!
-Bien sûr que je suis Sire Né; et c'est vous qui vous rendez!"

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Re: Fanfics Highlander de ma création

Message  Sir Hocq le Jeu 28 Jan 2016 - 22:23

Voici un autre de mes écrits sur Highlander que je viens de finir. Bonne lecture.

La valeur d’une amitié

Prologue :
Quelque part au sud de l’Irlande, au XVIIIème siècle. La cavalière poussait son cheval au galop du plus vite qu’il était possible ; elle était inquiète. Une jeune vie risquait de disparaître si elle arrivait trop tard. A la vue des ruines d’une fermette, elle ressentit la Présence; deux Immortels.
« Dieu tout puissant, faites qu’il soit encore temps ! » pensa-t-elle.
Elle freina sa monture fourbue et s’élança à l’intérieur des ruines d’où provenait le bruit de deux lames se choquant. Elle fut un instant désorientée à ne pas voir ceux qu’elle cherchait, puis les trouva dans le potager à l’arrière de la maison. Les deux hommes luttaient farouchement ; le plus jeune ployait sous la force de l’autre mais refusait de céder.
« Khain! Cesse ce combat immédiatement! Tu le sais que Rudy n’est pas à ton niveau! Epargne-le!»
Si le guerrier celte entendit ces phrases, il n’en laissa rien paraître et ne relâcha pas la pression. En revanche, le jeune garçon eut un regard implorant envers son mentor ; distraction fatale puisqu’il cessa de résister à son adversaire. L’épée multi séculaire le renversa puis plongea dans son cœur.
« Maître. Vous intervenez ? Malgré les Règles ?
_ Tu sais que ce n’est pas ce dont il s’agit. Rudy vient à peine de finir son apprentissage ; il a toute une vie devant lui. Tu n’as pas le droit de le tuer maintenant.
_ Votre sollicitude est charmante Maître mais…j’aime jouer le Jeu comme il me plait. (Khain décoche un violent crochet à la mâchoire de la femme qui tombe sur une pierre) Et il me plait de prendre votre quickening, Maître, mais rassurez-vous pas aujourd’hui. »
C’est la dernière chose cohérente qu’enregistre l’esprit de l’Immortelle avant un grand trou noir.
Lorsqu’elle reprend conscience, Gallenda ne peut que constater la décapitation de Rudy O’Neil, jeune Immortel d’à peine vingt ans. Elle pleure ses échecs.                                                                      
                                                                 
Hong-Kong, Mars 2001.
Ce jour-là, Kazumi a eu envie de s’acheter un nouveau roman, ce qui l’a amené à se rendre dans un magasin culturel très prisé. Et là, une affiche au rayon CDs de musique classique fait mouche dans son esprit : le samedi 24 mars, un concert de musique sera interprété à l’opéra par la célèbre harpiste Mary Patrick.
« Ce serait une bonne idée d’y assister » se dit-elle.

« C’est une très bonne idée, en effet. » approuve plus tard son mari, Tsan Jian. Et il réserve aussitôt trois places parmi les meilleures.
Le jour venu, une petite famille prend place parmi les balcons. A les voir, on devine le bonheur qui est le leur : le père, très grand et fort de constitution,  porte un smoking blanc avec une fleur rouge à la boutonnière ;  la mère, jeune d’apparence, est vêtue d’une robe de soirée simple mais de bon gout ; et le fils, adolescent déjà, n’est pas le moins émerveillé d’être là. Mais qui pourrait se douter que derrière cet aspect, se trouvent trois Immortels qui, pour l’heure, s’accordent une pause dans leur vie agitée. Néanmoins, Tsan Jian a une pensée secrète : la vue de l’affiche du concert et la photo de l’artiste, lui ont rappelé quelques événements lointains.
L’obscurité se fait, les rideaux s’ouvrent sur l’orchestre. Le chef entre, presque aussitôt suivi par la grande concertiste, sous les applaudissements. Pendant un instant, elle s’arrête, hésitante, puis, après avoir salué le public, elle s’assoie à son instrument. Dans leur balcon, Kazumi et Sammy regardent, surpris. S’ils ont senti la Présence de la femme, cette Immortelle doit deviner leur proximité à eux aussi. Mais ils n’ont pas le temps de s’interroger, déjà le chef d’orchestre donne le début du premier morceau. L’Immortelle sur scène a-t’elle peur ? Rien ne semble le dire tant elle s’absorbe dans sa musique, donnant le meilleur d’elle-même à tous ces gents qui sont venus l’écouter ce soir. Les airs traditionnels se suivent pendant un peu plus de deux heures, puis résonne une musique rare, un morceau semblant appeler à la mémoire profonde de l’Humanité. A ces notes, Tsan Jian sent ses souvenirs prendre le dessus.

Ecosse, octobre 1565.
Tsan Jian et ses deux jeunes disciples d’alors, Athina Sirinakis et Horace Green, voyageaient en ce temps là sans se soucier d’éventuels dangers. Jian était bien occupé à enseigner le Jeu à ces deux jeunes gents ; surtout à Horace qui découvrait encore ce que signifiait le fait d’être immortel. Ce jour-ci, alors que le soleil descendait sur l’horizon, les trois Immortels firent halte au bord d’un lac; ils n’auraient pas le temps de rejoindre le prochain village aujourd’hui. Laissant ses deux disciples dresser le campement, Jian partit en chasse d’un gibier. Il trouva les traces d’un groupe d’animaux et les suivit. Plus loin, il les rattrapa. Il s’agissait d’une dizaine de daims. Jian les observa, cherchant sa proie ; puis il la vit : un peu à l’écart, un individu fatigué par l’âge trainait des pattes. Jian contourna le groupe, se plaçant de manière à ce que le vent aille des daims vers lui et non l’inverse. Il encocha sa flèche et, respirant lentement, il visa le cou de l’animal ; il prit au moins une demie-minute et, lorsqu’il fut certain que la flèche allait tuer net, la relâcha. Quelques instants plus tard, sa proie sur les épaules, Jian revenait d’un pas tranquille vers le lac. Ce fut à la base d’une colline, qu’il devait encore contourner, qu’il ressentit une violente Présence qui lui mit un fort goût de sang dans la bouche. A ce moment retentit un cri d’effroi. Sachant Athina et Horace en danger, Jian escalada en courant cette colline. De son sommet, il les vit : Athina essayait tant bien que mal de combattre l’Immortel qui les agressait ; déjà Horace gisait mort. « Dieu merci, il n’a pas encore perdu la tête. »
Hésitant juste le temps de cette pensée, Jian dégaina son no-dachi et courut au secours de la jeune femme. L’intrus mit un terme au combat : sa lame éventra l’Immortelle, et il s’apprêtait à décapiter  ses deux victimes lorsqu’une Présence l’en empêcha. L’instant d’après, une tornade de colère froide le heurta. Les deux hommes s’affrontèrent férocement : à une technique appliquée et rapide répondaient des coups portés avec force et une certaine agilité qu’on ne pouvait deviner de prime abord. Lors de l’un de ces échanges où les deux armes s’étaient croisées sans prendre d’avantage, Jian remarqua une large cicatrice au cou. Il sût alors qui il affrontait : il avait entendu dire que le Kurgan, ce guerrier millénaire et brutal trainait dans le pays et qu’il avait récemment décapité Juan Ramirez, non sans que celui-ci ne le blesse à la gorge. Se lassant d’un combat difficile pour lui, le Kurgan cassa alors l’échange et, s’esquivant, partit non sans promettre des retrouvailles sanglantes. Jian ne chercha pas à le poursuivre, ce qui comptait pour lui c’était la vie de ses élèves. Une fois ceux-ci revenus à la vie, le trio préféra voyager de nuit afin de s’éloigner de cette menace.

Hong-Kong, mars 2001.
Se refusant à penser d’avantage à ce fâcheux événement, Tsan Jian se laisse aller à apprécier la fin du concert. Ces retrouvailles promises n’avaient jamais eue lieu ; et cela fait maintenant un peu plus de quinze ans que La Mort, celle qui prend les Immortels décapités, avait rattrapé ce barbare sanguinaire. Connor Mac Leod avait mis fin à cette menace et cela n’était que justice.
Sur les dernières notes d’un air folklorique irlandais connu, le public se lève et fait une longue ovation à la musicienne. Puis, il est temps de partir. Mais, en souvenir d’un bon vieux temps, Jian décide d’aller saluer Mary Patrick dans sa loge. Lui et les siens se rendent donc dans l’arrière du bâtiment. Enfin, Kazumi peut poser la question qui lui brûle les lèvres depuis le début :
« Cette femme est une Immortelle; le savais-tu, Jian ?
_ Oui, je la connais depuis quelques siècles, elle me fut d’une grande aide à un moment où j’en avais bien besoin. »
Arrivant aux loges, Jian se fait annoncer par un garde du corps. C’est avec une grande joie que Mary Patrick, de son vrai nom Gallenda, les accueille. Les présentations faites, les deux Immortels âgés se racontent ce qu’ils ont vécus depuis les décennies qu’ils ne se sont pas vus. Rapidement la carrière de l’Irlandaise vient dans la discussion.
« Alors, jeunes gents, demande Mary, avez-vous apprécié cette soirée?
_ J’ai beaucoup aimé, avoue Kazumi, je ne sais pas pourquoi mais je me sentais comme…transportée vers votre terre natale. Comme si votre musique était une fenêtre sur l’Irlande.
_ Gallenda a toujours eue un grand don pour susciter des émotions diverses chez ceux qui l’entendent jouer sa musique. Cela est dû à une longue pratique mais surtout à un talent inné de grande valeur. (Comme l’Irlandaise rougit du compliment) Ne te dénigre pas, tu sais que c’est vrai. Comment aurais-je pu rassurer mes disciples, leur faire oublier ce qu’ils avaient vécus, si nous ne t’avions rencontrée? »

Irlande,  mai 1566.
C’est un matin radieux qui éclaire cette forêt du sud-est de l’ile d’émeraude, comme on appelle poétiquement cette terre. Mais, des trois cavaliers qui vont sur cette route, seul le plus âgé pourrait se laisser aller à avoir l’esprit poétique…si l’humeur de ses deux jeunes compagnons n’était pas un souci. Seulement, Athina Sirinakis et surtout Horace Green ne peuvent s’empêcher de penser et repenser à ce soir d’octobre où ils ont failli perdre définitivement la vie. Et, malgré ses nombreuses paroles de réconfort, Tsan Jian sent bien qu’il suffirait de peu pour que ses disciples ne perdent la raison à causes de leurs peurs. Alors, lorsque dans leurs esprits le sentiment grandissant signale l’un des leurs en approche, les réactions des deux jeunes gents sont quelque peu vives: si Athina se contente de trembler violemment de tout son corps, Horace dégaine son épée, prêt à se lancer aveuglément au combat.
« Horace, le rappelle doucement son mentor, ne sois prêt à combattre que si tu sais ce qui te menace. Pas autrement.
_ Mais, Maître! Il y a un Immortel qui arrive!
_ Peut-être, mais si tu réfléchissais un peu au lieu d’agir comme un sot, tu te rendrais compte que cet Immortel a lui aussi peur : il ou plutôt elle est seule, elle sait que nous sommes plus de deux et s’est arrêtée sur le bas coté. De plus mon don me dit qu’elle a une bonne âme. Mieux vaut s’en faire une amie ou du moins une bonne rencontre. »
Ainsi, c’est en gardant leurs chevaux au pas que Jian et ses disciples s’en viennent à la rencontre de leur semblable. Comme l’avait deviné Jian, c’est une femme, d’aspect encore jeune malgré un quelque chose qui indique du vécu. Tsan Jian s’incline à sa hauteur.
«  N’ayez crainte, chère dame, il n’est pas dans mes intentions de chercher des têtes si je n’ai aucun grief envers leur porteur. Et mes élèves sont encore trop verts pour être dangereux. Je suis Tsan Jian, héritier du royaume du Tigre Blanc et prince de Qin. Et voici Athina Sirinakis, de Grèce ; et Horace Green, adolescent anglais. »
A ces mots l’Immortelle sourit et se présente à son tour:
«  Enchantée de vous rencontrer. Mon nom est Catharin O’Seal et je suis née en ces contrées. Si je puis vous être utile.
_ Et bien, ma foi…répond Jian, il me semble avoir entendu un certain nombre d’histoires sur les pouvoirs de ce que vous appelez ‘le Petit Peuple’; alors si vous pouviez m’indiquer l’un de leurs lieux pour que je puisse y emmener mes disciples qui ont besoin d’oubli, j’en serai fort aise.
_ En cela, je puis vous rendre service. Il se trouve que j’ai ma maison sur une colline que l’on dit habitée par eux ; et il est vrai qu’il y a là une énergie certaine, de quoi apporter repos et sérénité. »
Ainsi, les quatre Immortels s’avancent jusqu’à une  maison de bois, en haut d’une butte de roches. C’est une demeure coquette et confortable que découvrent Jian et ses disciples. La demeure d’une femme seule mais qui sait accueillir des invités pour un temps. D’ailleurs la voila déjà à mettre un ragout sur le feu de la cuisine.
« Mangeons donc un peu et faisons connaissance, dit-elle, nous aurons le temps de vous installer dans l’après-midi. »
La jeune femme expliqua être Celte et se nommer Gallenda. Elle était suffisamment âgée pour se souvenir d’un temps où les Romains ne s’intéressaient pas à cette terre. Barde de son état, elle avait eu le malheur, un jour, de chanter un air qui déplut grandement à un chef de clan. Et celui-ci l’avait tuée dans sa colère. Recueillie à sa résurrection par un druide Immortel, elle s’était ouverte à de nouvelles connaissances qui ne se limitaient pas qu’à l’usage des armes. C’est ainsi qu’elle avait appris à ressentir la nature spirituelle des choses. Elle ressentait l’énergie bénéfique qui émanait de cette colline et de ses environs. Elle ressentait la grande bonté de son mentor et appréciait son savoir et sa sagesse. Aussi, après la décapitation de celui-ci, avait-elle tenu à faire de ce lieu sa demeure principale aussi longtemps qu’elle vivrait. Jian lui raconta en quelques mots ses origines puis lui expliqua son problème. Gallenda leur offrit donc l’hospitalité pour aussi longtemps que nécessaire.
Les jours, puis les semaines, passèrent donc avec cette délicieuse sensation de tranquillité, de sécurité. Profitant de l’enseignement patient de leur mentor, de la douceur d’âme de leur hôtesse et des bienfaits de sa musique, Athina et Horace commencèrent à apprécier les lieux. Il fallut quatre mois pour que la peur du Kurgan s’évanouisse définitivement.  Lorsque Tsan Jian et ses disciples prirent congé de Gallenda, à l’automne, ce fut avec le cœur serein de ceux qui ne craignent plus les dangers quels qu’ils soient.

Hong Kong.
« Malheureusement, raconte Jian, Athina et Horace ont fini par perdre leur tête ce dernier siècle, victimes d’Immortels plus forts et surtout plus fourbes qu’eux. Je n’ai pas encore pu mesurer l’entière profondeur de la vilénie qui anime certains d’entre nous.
_ Quel dommage! Compatit Gallenda. Mais c’est bizarre comme depuis quelques décennies notre race tend à perdre la raison, s’enfonçant de plus en plus dans le sang.
(Un silence)
_ Penserais-tu à quelqu’un en particulier? Demande Jian.
_  Moi ? Non ! S’exclame Galenda. Bien sûr que non. Que vas-tu chercher? »
« Elle a peur. Pense Jian. Elle essaye de me faire croire que non, mais elle se sait menacée. Sa peur est si visible. Mes soupçons sont donc fondés. »
Gardant le fond de sa pensée pour lui, Jian reprend la discussion sur des sujets plus légers. Les quatre Immortels passent ainsi près d’une heure à parler de choses et d’autres avant que le secrétaire de Mary ne la rappelle à ses obligations du lendemain.
De retour à son hôtel, Gallenda prend une bonne douche, puis une petite collation. Au moment où elle veut se coucher, le téléphone de sa chambre sonne. Elle hésite un instant avant de décrocher, de crainte de l’entendre. Mais fuir n’est pas vraiment sa nature aussi elle se saisit du combiné et, d’une voix qu’elle espère sûre, dit le traditionnel Allo.
« Bonjour Maître, je ne vous réveille pas, j’espère.
_ Khain ! Qu’est ce qui te prend de m’appeler à une heure pareille?
_ Le Jeu, Maître ; quoi d’autre? L’heure est arrivée. Venez, Maître. Venez essayer de vous sauver. Mais vous ne verrez pas le soleil se lever ce matin.
_ Très bien ; je relève ton défi. Où es-tu ?
_Pas très loin de votre hôtel. En fait je téléphone de la cabine d’en face. Vous savez, Maître, il y a un petit passage couvert à un quart d’heure d’ici vers le port. Je vous y attends dans trente minutes. Nous allons bien nous amuser. »
Et l’ancien guerrier raccroche.
Gallenda met une minute à faire de même tellement la perspective de ce combat lui fait peur. Khain avait de tout temps été l’un de ses disciples les plus doués sinon LE plus doué ; quel dommage qu’il soit si malfaisant et cruel.
A quelques rues de là, une très grosse limousine Mercedes blanche. A l’intérieur, Jian retire son oreillette. « Je le savais. »
Une demi-heure plus tard, c’est une  Gallenda quelque peu nerveuse qui arrive au lieu du rendez-vous fixé par son ancien élève. Une grille ferme (fermait) le passage mais sa serrure a été fracassée d’un coup violent. La Celte entre et s’avance dans le passage. La lumière fait défaut en ce lieu ; le moindre relief semble projeter une ombre pleine de menaces. Les pas donnent l’impression de résonner contre des plaques de métal. Et, pire que tout, Gallenda a l’impression d’être seule au monde ; ne ressentant aucun signe de Présence.
« Khain ? Es-tu ici ? » Le silence. Gallenda commence à pester contre le manque de ponctualité lorsqu’un bruit soudain la fait sursauter : un grondement sourd mais présent. Sur le qui-vive, elle regarde tout autour d’elle. Rien. Rien d’autre que cette chape d’ombres et un courant d’air moite qui traverse le lieu. Puis une lueur dehors. Brève; suivie d’un grondement.
« C’est bien ma veine, peste la femme, voilà qu’un orage arrive. Et Khain qui ne se montre pas. »
Brusquement, un autre bruit, si soudain, si insolite qu’elle en sursaute de frayeur. Un bruit de canette écrasée. Gallenda se retourne vers l’origine de ce bruit. A quelques mètres à peine, un homme massif malgré une taille moyenne sort de l’encadrement de porte où il devait se cacher depuis un long moment.
« Alors, Maître, comment trouvez-vous mon sens de l’accueil ? Bonne idée d’attendre une nuit d’orage pour vous faire venir, non ? » Ironise l’homme. Et que dites-vous de ce petit bricolage de mon cru pour que vous ne me ressentiez pas ? Un maillage de câbles électriques autour de ma cachette et le tour est joué. »
Gallenda ne répond pas ; elle n’en a pas les moyens. Ses pensées ont tendance à courir dans tous les sens et à s’échapper de sa tête. Puis, alors qu’un nouvel éclair illumine les lieux, elle remarque l’épée dans la main de son vis-à-vis. Il lui faut alors trois secondes pour se rappeler ce qu’elle est venue faire ici : Khain l’a défiée ; il veut lui couper la tête ! « Non !! Je ne veux pas mourir ainsi ! Pas maintenant ! Pas de cette façon ! »
Elle a juste le temps de dégainer son épée que son ancien disciple commence les hostilités. La femme essaye de se défendre mais sa terreur paralyse ses muscles, ralentit de trop ses gestes. En deux passes d’arme elle perd le combat et c’est presque avec soulagement qu’elle sent la lourde lame de son adversaire lui ouvrir le ventre. Dehors la pluie s’est mise à tomber, drue.
« Vous me décevez, Maître. Je pensai que vous tiendriez plus que ça à la vie. Vraiment, vous ne m’amusez plus.
_Et si tu t’amusais à défendre ta propre vie au lieu de toujours chercher à faucher celle des autres ? »
Khain se retourne. Dans son agonie, Gallenda ne voit qu’une grande forme blanche mais pour le meurtrier c’est un adversaire des plus singuliers qui se tient près de là. Un homme grand, vêtu d’une tenue de shinobi d’un blanc presque uni, si ce n’était quelques détails noirs, tenant un katana dans une position de défi.
«Qui êtes-vous ? Comment osez-vous ?
_Je suis ta mort Khain. Je suis ici pour sauver la vie de ton mentor en t’affrontant.
_Pauvre fou de Mortel ! Je me moque de savoir comment tu connais mon nom et pourquoi tu viens me défier ; je vais t’étriper et après je décapiterai la femme.
_Mortel ? Qui t’as dit que je ne suis qu’un Mortel ? Ta ruse de discrétion se retourne contre toi. Je suis Tsan Jian.»
Khain comprend alors qu’il a peut-être sous-estimé  la situation : l’homme le plus influent de Hong Kong et aussi de Macao est un Immortel très redoutable. Mais le Celte en a vu d’autres. Plusieurs fois des Immortels l’ont défié en se pensant capables de rivaliser avec lui, tous ont eu le temps de regretter leur audace avant de perdre la tête. Il en sera de même de ce Chinois. Les deux hommes se font donc face ; la volonté de tuer se lit dans chacun des deux regards. Alors qu’au dehors l’orage continue, La Mort prend place, spectatrice d’un duel qui la verra récompensée. Il ne peut en être autrement. C’est à ce moment que Gallenda revient à la vie. Alors elle reconnait son ami dans cette espèce de fantôme sauveur.
"Jian, pourquoi ?
_Tout simplement parce que je te devais un grand service. »
Khain profite de cette légère distraction pour passer à l’attaque…à sa manière. Il présente son arme manche vers son adversaire puis imprime une pression tournante sur celle-ci : une espèce de courte flèche est propulsée et touche Jian au ventre. Celui-ci, à peine troublé, réplique en sortant un couteau de sa tunique et le lance de façon à toucher l’épaule droite du Celte. « Egalité, Khain. Nous devons attendre un peu avant le vrai combat. Gallenda, sauve-toi, pars d’ici. » L’Immortelle ne se fait pas prier ; elle se relève et part au dehors. Mais elle ne s’éloigne pas. Elle veut savoir quelle sera l’issue du combat et se met donc à attendre. La pluie qui continue ne la gêne pas. Plusieurs longues minutes s’écoulent pendant lesquelles le bruit des deux lames s’entrechoquant est la seule perception de l’Irlandaise. C’est à ce moment que le ciel choisit de se joindre à la chose. Un éclair vient brusquement tomber sur le passage. Un hurlement aussitôt après puis, quelques si silencieuses secondes plus tard, les lumières d’un puissant quickening illuminent le lieu.
Le calme revient. L’orage s’éloigne maintenant et, à l’intérieur du passage, il n’y a plus qu’un Immortel vivant. Gallenda voit bientôt sortir celui-ci. A sa taille, à sa tenue blanche, elle reconnait Jian. Elle accourt vers son sauveur car elle sait : Khain ne menacera plus jamais personne.

Dimanche 25 Mars 2001.
C’est une journée ensoleillée qui a commencé. L’orage a purifié le ciel de Hong Kong comme le réveil chasse les images d’un cauchemar. Attablés devant un solide petit déjeuner, Jian et Gallenda profitent pleinement de leur chance : ils sont vivants après une de ces journées où tout un chacun pouvait y rester. Echangeant souvenirs et plaisanteries  ils rient comme deux collégiens, comme deux amis de longue date, heureux de savoir que la route continue. Mais la musicienne celte a brusquement un air soucieux.
« Que se passe-t-il donc ? S’enquiert le noble chinois.
_Je me pose la question : comment as-tu fait pour savoir que j’avais ces ennuis ? Tu n’es pas venu à mon secours par hasard.
_Non j’avoue. Te souviens-tu de la seule fois où tu m’avais parlé de ton disciple khain ? »
Gallenda rougit : elle ne se rappelait plus d’avoir parlé de sa honte à son ami.
« Où était-ce ?
_L’ Old East saloon, tu te rappelles ?

La ville de San Gabriele, Californie, 1881.
Fausse piste ! Jian se retrouve dans cette région des Etats-Unis pour rien : Annabelle Brown, la criminelle immortelle qu’il poursuit a dû prendre une autre route pour lui échapper.  Donc, fataliste, il se dit qu’il peut rester quelques temps par ici. Il profite donc d’une journée ensoleillée pour flâner  en ville. Décidant de boire un verre, il se rend dans un saloon un peu à l’écart de la rue principale mais néanmoins bien fréquenté, l’Old East. Mais même dans ces moments où il aspire à la normalité, il semble que l’Immortalité poursuive chacun des siens : une Présence se fait ressentir tandis qu’il passe les battants de l’entrée. En même temps, il doit se baisser pour esquiver une bouteille volante.
« Garce ! Femme de peu ! Hic ! J’ai bi…hic…en le droit de…de paaarlerrr… avec monsieur, hic !
_ Dégage de là,  Shamrock, cet homme est mon habitué. »
Curieux spectacle que celui de ces deux femmes en venant aux mains à même le sol, sous les moqueries et encouragement d’un public masculin. La rousse, apparemment bien imbibée d’alcool, prend le dessus et, d’un vigoureux crochet, laisse son adversaire au sol à moitié sonnée. Puis la gagnante se pend au bras d’un homme très gêné par la tournure des événements.
« Al…ors, mon chér…hic ? On n’y vaaas ?
_Catharin, Fais attention ! »
A ces mots, l’Irlandaise se retourne pour voir un grand Chinois venir arracher un petit pistolet des mains de sa rivale. L’intervention de Jian et sa stature ont un effet refroidissant immédiat sur l’ambiance ; le silence se fait là où il y a une minute encore une hilarité grossière tenait lieu de musique. La danseuse du saloon ainsi désarmée a un instant l’air malheureuse puis son visage reprend un masque de colère.
« Elle me vole mon client !
_Elle ne volera rien du tout. Je me charge d’elle. Et vous, petite vipère, estimez- vous heureuse que je ne fasse que vous désarmer. Catharin, laisse cet homme tranquille. Il vaut mieux que ce soit avec moi que tu discutes. »
Quelques minutes après, les deux Immortels sont à table, loin de la scène, et c’est une Gallenda en pleurs que Jian s’efforce de réconforter. La femme, peut être sous l’effet de son ivresse, se laisse aller à des confidences très personnelles : Elle raconte ainsi sa vie de pré-immortelle, sa première mort, son mentor et vient à raconter la première fois qu’elle croisa un immortel récent ;
«  C’était il y a plus de deux-mille ans, dans mon île. Il se nommait Khain, un nom qu’il s’était lui-même choisi il y a quelques années. Ce jour-là, avec mon presque millénaire de vie, je croyais déjà tout savoir. Quelle idiote j’ai été ! Je lui ai appris qui il était, qui nous étions. Je lui ai appris le Jeu pour qu’il survive. Naïvement, je lui ai enseigné mes meilleures feintes d’arme pour qu’il soit le meilleur. C’était mon tout premier disciple! Je voulais tant être fière de lui. Que n’ai-je vu le mal qui couvait en son cœur? Ah, si j’avais su pour quelle raison les siens l’avaient tué, je l’aurais décapité dans son ignorance, plutôt que de nourrir ce serpent dans mon sein. C’est un monstre, un tueur sans pitié. Et j’en suis responsable! »

Hong Kong, 25 Mars 2001.
« Ce jour-là tu étais si ivre que tu as voulu coucher avec moi. Explique Jian. Heureusement, dès que je t’ai mise dans un lit de l’hôtel, tu t’es endormie. De fait, je suis parti peut être comme un mufle, mais nous l’aurions regretté de l’avoir fait. Bon…toujours est-il que, de ce jour, je me suis promis de surveiller ton disciple pour être là au jour où il faudrait arrêter ses méfaits. J’ai d’abord mis quelques années avant de trouver ses traces puis d’autres pour savoir exactement où il était. A l’époque c’est ce qui avait motivé mon retour en Europe, il était en France. Sans le rencontrer une seule fois, je l’ai toujours eu à l’œil ce siècle-ci. C’est ainsi que j’ai appris il y a un mois qu’il t’avait contacté pour te menacer. La chance a voulu qu’il choisisse mon territoire pour passer à l’action…erreur qu’il a chèrement payée, puisqu’il n’est plus de ce monde.
_Pourquoi as-tu donc fait cela ?
_Voyons, Gallenda. Je t’ai rencontrée à un moment de ma vie où j’avais très besoin d’être aidé. Tu nous as alors ouvert ta porte sans penser aux risques que cela pouvait représenter… J’avais depuis lors une dette envers toi. Une dette d’honneur qu’il me fallait payer un jour ou l’autre. C’est fait. »

Epilogue
Dublin, Juillet 2001.
« La célèbre musicienne Mary Patrick est rentrée cette semaine de son tour du monde où elle a donné de nombreux concerts. Rappelons que ce retour s’est fait avec une quinzaine de jours de retard suite à sa décision inattendue et surprenante de donner une nouvelle date lors de son séjour à Hong Kong. A la question du pourquoi… »
Gallenda, dans sa chambre d’hôtel de la capitale de son pays, éteint la télévision. Elle n’a pas besoin d’entendre le reporter pour se rappeler la raison qu’elle avait ainsi évoquée.
« C’est pour remercier un vieil ami. »
Elle n’avait rien dit de plus mais sa pensée s’était envolée en remerciements envers Tsan Jian. D’avoir ainsi été délivrée du poids que représentait Khain dans sa vie l’avait comme qui dirait sublimée. Ses derniers concerts de cette tournée étaient sans conteste les plus réussis de toute sa carrière ; à tel point qu’un journaliste américain, à New York, l’avait surnommée l’Impératrice de la culture irlandaise. Demain, elle partira en direction d’un certain petit cottage secret, bâti au sommet d’une colline. Pendant plusieurs jours elle y vivra à l’écart de cette civilisation moderne, à jouer sa musique pour elle seule et écouter la voix du ‘Petit Peuple’.  Elle entend déjà son mentor, le druide Corrhag lui rappeler que :
« Il n’y a nul trésor plus inestimable qu’une amitié vraie. Deux amis qui risquent leur vie pour venir en aide à l’autre font ainsi preuve de leur capacité à faire le plus beau des sacrifices. Si jamais tu trouves une telle amitié, sois en fière car c’est ce que tu réussiras le mieux. »
« Et comme d’habitude, vous avez raison sur tout, Maître. »


                    Fin du fanfic.


Dernière édition par Sir Hocq le Jeu 28 Jan 2016 - 22:24, édité 1 fois

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Message  Benoît le Mar 12 Juil 2016 - 16:33

C'est chouette !
Elles auraient leur place sur le site lui-même plutôt que sur le forum, ça leur donnerait une meilleure visibilité. Si tu es d'accord.

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Re: Fanfics Highlander de ma création

Message  Sir Hocq le Dim 24 Juil 2016 - 9:22

Je suis d'accord, Benoît. D'autant plus que cela fait la page longue pour seulement deux histoires. Donc, peux-tu t'occuper de les déplacer s'il-te-plait?

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Message  Benoît le Dim 24 Juil 2016 - 12:01

Fanfics disponibles sur le site de la guilde d'Altaride :
  • http://www.altaride.com/spip/spip.php?article1402
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